La France a toujours été, historiquement, un bastion important de l'industrie, mais le pays s'engage actuellement dans une impressionnante transformation industrielle. Les récents projets de régénération du port de Dunkerque, (photo) visant à le transformer en une plaque tournante pour l'énergie à faible émission de carbone, la fabrication de pointe et la logistique améliorée, sont le dernier exemple en date d'un changement stratégique tant pour le gouvernement français que pour les investisseurs.
Soutenu par des milliards d'euros et bénéficiant de la participation de grandes entreprises françaises du secteur technologique et manufacturier, ce projet est un signal clair de la façon dont la France envisage son avenir industriel. Au-delà des cartes et des avions, l'industrie manufacturière française semble de plus en plus solide et de plus en plus verte, ouvrant la voie à une France plus compétitive et à une Europe plus autonome.
Restaurer la confiance dans l'industrie française
Si la France a échappé au pire de l'effondrement industriel qui a touché de nombreuses économies avancées, elle n'a pas été épargnée par la montée en puissance de la fabrication à bas coût. L'emploi a reculé et des usines ont fermé leurs portes au cours des dernières décennies, d'autres pays (notamment la Chine) ayant réussi à concurrencer les fabricants locaux et à détourner les investissements.
La France a toutefois pu compter sur ses atouts dans le domaine de la fabrication de pointe et de précision, comme l'industrie aérospatiale, et sur la force omniprésente de la marque « Made in France ».
Malgré cela, les décideurs politiques et les dirigeants industriels sont de plus en plus préoccupés non seulement par l'exposition de la France aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à la domination étrangère dans des secteurs critiques, mais aussi par celle de l'Europe.
Des domaines stratégiques tels que les batteries, les semi-conducteurs et les technologies vertes sont considérés comme une vulnérabilité croissante, d'autres pays étant en mesure de prendre l'Europe en otage en tirant parti de leurs propres capacités de fabrication.
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Cette inquiétude a été amplifiée par les tensions géopolitiques, en particulier entre les États-Unis et la Chine. En conséquence, l'Europe dans son ensemble a été contrainte de réfléchir de manière plus stratégique à sa base industrielle et à sa souveraineté économique.
Alors que l'externalisation de la production clé vers des marchés lointains était autrefois considérée comme un atout de la mondialisation, l'Europe risque aujourd'hui de prendre du retard si elle ne renforce pas ses capacités nationales.
De nombreuses zones industrielles françaises sont actuellement réaménagées dans cette optique. De grandes usines de batteries sont en cours de construction dans le nord de la France, dans le cadre d'un projet appelé « batterie valley » qui vise à produire et à recycler localement les batteries des véhicules électriques, plutôt que de dépendre des importations.
L'accent n'est pas non plus limité à une seule région : des plans s'inscrivant dans des cadres nationaux tels que la stratégie France 2030 orientent les investissements vers plusieurs pôles industriels, notamment Dunkerque, Fos-sur-Mer et d'autres zones où l'énergie verte, la logistique et la fabrication de pointe peuvent prospérer.
Plus écologique, plus efficace et plus indépendant
Si la durabilité a été largement abandonnée comme domaine d'investissement aux États-Unis, elle reste une priorité en Europe.
La dépendance de pays comme l'Allemagne à l'égard du gaz naturel a été mise en évidence lorsque la Russie a coupé les pipelines en réponse aux sanctions, soulignant la nécessité d'une production énergétique plus locale.
Bien que la France dispose d'une importante capacité nucléaire, le pays s'est également concentré sur une stratégie d'hydrogène vert, cherchant à augmenter sa capacité d'électrolyse nationale et à réduire ses importations à zéro avant 2035.
L'hydrogène vert n'est qu'une partie d'une vision plus large des investissements verts. Les énergies renouvelables font également l'objet d'une attention croissante, la France commençant (très lentement) à surmonter son opposition à l'énergie éolienne.
La production d'acier est également en cours de décarbonisation, les grandes entreprises investissant dans des technologies telles que la réduction directe du fer et les fours à arc électrique. Cette démarche est soutenue par le gouvernement français, qui aide les entreprises à maintenir leur capacité de production tout en réduisant leurs émissions.
Tout cela contribue à réduire la dépendance générale de l'Europe vis-à-vis des combustibles fossiles et des composants importés. (Pour plus d'informations sur les start-ups vertes, consultez notre article Comment créer une entreprise cleantech en France.)
Ces ambitions industrielles reposent de plus en plus sur la coopération internationale. Le projet de liaison par ferry entre Dunkerque et l'Écosse dans le cadre du projet de régénération de Dunkerque en est un exemple, mais la France et l'Allemagne ont également proposé récemment de nouveaux formats de coopération entre les plus grandes économies de l'UE afin de stimuler la compétitivité, de réduire la dépendance vis-à-vis des matières premières critiques et d'améliorer la sécurité énergétique.
Des projets tels que celui de Dunkerque pourraient marquer un changement d'orientation, passant d'une focalisation exclusive sur les intérêts locaux ou nationaux à une participation à un réseau et à une stratégie européenne plus larges en matière d'investissements verts.
Si les grandes économies telles que les États-Unis, la Chine ou l'Inde sont peut-être moins réticentes à coopérer sur certaines questions, les petits pays qui composent l'Europe pourraient commencer à partager davantage leurs infrastructures et à investir dans des partenariats transfrontaliers, stimulant ainsi les entreprises et créant un paysage industriel plus intégré.
Soutien à l'investissement et à la réglementation
Nous avons évoqué la stratégie France 2030, qui canalise les fonds publics vers les technologies d'avenir, mais d'autres efforts sont également en cours pour améliorer l'environnement des entreprises industrielles. Le gouvernement français s'efforce de simplifier les procédures administratives et de développer des sites industriels prééquipés, dans le but de réduire les obstacles pour les investisseurs et d'accélérer la création de nouvelles installations de production.
L'industrie française a déjà de nombreux atouts à faire valoir. Le paysage industriel français bénéficie de l'existence de plus de 400 zones industrielles et parcs d'activités établis, dotés d'infrastructures, d'énergie, de logistique et de connectivité numérique prêtes à l'emploi.
Le gouvernement a également cherché à réduire le temps et les coûts liés aux permis industriels, reconnaissant que la longueur des procédures d'autorisation peut dissuader les investisseurs et ralentir les progrès.
Tout cela s'inscrit dans le cadre des efforts déployés ailleurs en Europe pour reconstruire la capacité industrielle. Le pacte industriel propre de la Commission européenne et les nouveaux cadres d'aide d'État constituent une tentative de soutenir les technologies propres et d'autres industries stratégiques. Tout cela devient de plus en plus urgent à mesure que les étapes clés de l'accord de Paris approchent et que les pays recherchent de nouvelles incitations pour maintenir leurs propres investissements verts.
Pressions et écueils
Malgré ces aspects positifs, des défis subsistent. Certains segments traditionnels de l'industrie française et européenne sont confrontés à des coûts énergétiques élevés, à des contraintes réglementaires et à la concurrence d'importations moins chères. Si la question du coût de l'énergie pourrait bien être résolue par certains de ces mêmes investissements, ce processus est loin d'être immédiat, et la baisse des coûts énergétiques pourrait prendre plusieurs années avant de se répercuter sur les entreprises, sans parler des particuliers.
Des rapports récents montrent également une forte baisse des investissements dans des secteurs tels que la production chimique, où les coûts et la concurrence ont entraîné des fermetures et suscité des inquiétudes quant à la dépendance vis-à-vis des producteurs non européens. Atteindre les objectifs climatiques tout en restant compétitif ajoute également une couche de complexité. La transition énergétique de la France est très ambitieuse, impliquant une capacité nucléaire supplémentaire parallèlement à la production d'énergies renouvelables.
Comme pour tout, il faut toutefois trouver un équilibre délicat entre les besoins de l'industrie en énergie fiable et abordable et ce que le gouvernement considère comme un investissement raisonnable et pratique à court et moyen terme. Les technologies telles que les réacteurs à fusion sont très prometteuses, mais se sont déjà révélées difficiles à mettre en œuvre et pourraient finir par coûter beaucoup de temps et d'argent. La France abrite l'installation de fusion ITER d'Euratom, mais celle-ci semble déjà avoir dix ans de retard sur le calendrier prévu et dépasser largement le budget initial.
La France est depuis longtemps l'une des économies les plus résilientes d'Europe, et le pays semble prêt à consolider sa place de leader européen. En investissant dans une nouvelle base industrielle, il devrait non seulement continuer à attirer davantage d'investissements, mais aussi renforcer un domaine dans lequel l'Europe peine actuellement à rivaliser avec d'autres grandes économies, et offrir une plus grande sécurité et une meilleure protection contre les perturbations de la chaîne d'approvisionnement.
Le plan de revitalisation de Dunkerque n'est peut-être qu'un rouage relativement mineur dans cette machine, mais il est symbolique d'une stratégie industrielle en pleine expansion. Les entrepreneurs et les entreprises qui souhaitent se lancer ou se développer en France bénéficieront d'un environnement réglementaire de plus en plus favorable, de financements plus importants et d'un plan cohérent pour fournir des technologies et des services clés, autant d'éléments qui contribueront à assurer l'avenir de l'Europe en tant que leader mondial dans le domaine de la production et de la fabrication.